
Issus d’oiseaux importés et élevés en liberté par le parc zoologique de Branféré (56), des ibis sacrés colonisent les zones humides du département. L’oiseau apporte un brin d’exotisme aux vasières du département. Il peut aussi représenter un danger pour les espèces locales.
Une espèce nouvelle
Avec sa tête noire pelée et son immense bec recourbé, son pelage blanc et une envergure imposante, l’ibis sacré présente un profil de hiéroglyphe. Il reste attaché dans l’imaginaire au panthéon de la mythologie égyptienne dont le dieu Thot est souvent affublé de sa tête. L’oiseau ne fréquente pourtant plus guère le Delta du Nil. Il est même dorénavant plus fréquent sur nos côtes qu’au pays des pharaons.
Chaque soir, au cœur de l’hiver, une importante colonie d’ibis sacrés se réunit dans une vasière laissée par l’étang asséché du centre nautique du Fenouiller, près de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Les volatiles affluent là par petites bandes dès le milieu de l’après-midi. Ils fouillent la vase, à la recherche de nourriture : poissons, coquillages, insectes ou autres… Leurs vols forment un ballet incessant qui ne lasse pas d’intriguer les promeneurs.À l’heure du coucher du soleil, les silhouettes voûtées des échassiers évoquent un paysage africain, insolite sur nos côtes.
L’animal a fait ses premières apparitions autour de 1999. Progressivement, des bandes chaque année plus importantes ont ensuite colonisé plusieurs zones humides. Ces colonies semblent prendre souche sur le territoire. Elles se retrouvent du Finistère à la Gironde et inquiètent bon nombre de spécialistes de l’environnement. En Loire-Atlantique et en Morbihan, des arrêtés autorisant la destruction des oiseaux par les gardes de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont même été pris pour endiguer la prolifération de l’espèce.
Les ibis sacrés de Vendée sont issus, selon toute vraisemblance, de ceux longtemps élevés en liberté par le parc zoologique de Branféré dans le Morbihan et qui ont commencé à se disperser dans la nature dès les années 80.
En 2005, l’INRA (Institut national de recherches agronomiques) et l’ONCFS ont produit un rapport au sujet de l’état de l’espèce et de son impact potentiel sur le territoire métropolitain. L’étude a permis d’établir que l’espèce ne rencontre pas de problème pour prospérer sur la côte atlantique. L’ibis affectionne les marais, mais aussi les décharges et apprécie les fosses à lisier. Les premières observations ont aussi révélé que certains ibis pouvaient devenir de redoutables prédateurs pour des espèces locales.
La plupart des scientifiques préconisent pour le moins de limiter la prolifération de l’espèce, soit par destruction des adultes soit par stérilisation. Bon nombre de spécialistes prônent une éradication pure et simple tant qu’elle est encore possible. Ils s’appuient sur les tristes expériences d’envahissement de la nature par des espèces étrangères : le ragondin, importé d’Amérique, les tortues de Floride, l’écrevisse américaine, la grenouille taureau, ou encore la jussie, pour le règne végétal. Seuls certains écologistes radicaux s’opposent à toute entreprise de limitation de la prolifération de l’ibis sacré en France, au motif qu’il participerait à l’enrichissement de la faune locale.
Sacré, mais charognard et prédateur
L’ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) est un grand échassier de la famille des Threskiornithidés. Le plumage du corps est blanc, tandis que sa tête et son cou, dénudés, sont noirs, de la couleur de sa peau. Il se caractérise par un aspect trapu et par son long bec recourbé. Il peut mesurer jusqu’à 120 cm d’envergure et peser 1,5 kg à l’âge adulte. Les jeunes conservent la tête et le cou emplumés jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans, ce qui permet de les distinguer aisément. En vol, les ailes de l’ibis sacré sont liserées de noir.
Il se nourrit de mollusques, d’insectes, de charognes, de poissons, d’amphibiens et de batraciens. Dans son habitat d’origine, il se retrouve dans toutes les zones humides de l’Afrique subsaharienne. Il a entièrement disparu d’Égypte pour une raison encore inconnue.

Sur la côte atlantique, il s’installe volontiers dans des décharges d’ordures ménagères, mais aussi dans des fosses à lisier. Des individus ont été observés en train de piller des nids d’autres espèces locales, en particuliers sur l’île de Noirmoutier. Selon les experts, la prédation serait le fait de certains ibis, qualifiés de « spécialisés » et minoritaires. Cette propension risque toutefois de s’étendre à d’autres. Des ornithologues attribuent à des ibis la baisse des effectifs de certaines espèces fragiles. L’ibis sacré pourrait donc bien représenter un risque pour la biodiversité locale.
Thot, le Dieu égyptien à tête d’oiseau
Dans la mythologie égyptienne, le dieu lunaire Thot était représenté sous la forme d’un homme à tête d’oiseau. Il était le messager du dieu solaire et le dieu de l’écriture et des savoirs magiques. Il était donc le protecteur des scribes, prenant alors la forme d’un babouin. Il maîtrisait également les chiffres, ce qui en faisait le calculateur du temps, qui préside au calendrier. Ses multiples connaissances lui valaient de nombreuses prérogatives auprès des dieux égyptiens. Les pharaons se faisaient enterrer en présence de nombreuses momies d’ibis. Importé dans la mythologie grecque, Thot est devenu Hermès, le messager.
1 000 ibis sacrés décomptés en Vendée
La LPO de Vendée s’est mobilisée pour compter les ibis sacrés présents sur le territoire. Selon les derniers comptages, il y aurait ainsi 1 000 individus répartis dans les zones humides du département.
« Pour l’instant les ibis sacrés sont présents en Vendée durant la période hivernale, explique Théophane You, président de la LPO. Il n’existe dans l’Ouest que quelques sites de reproduction. Ils se situent en Loire-Atlantique, en particulier sur le lac de Grand-Lieu. On n’en observe donc pas encore en dehors de l’hiver sur notre secteur. ».
Selon les premières études de l’espèce dans la région, la reproduction des ibis serait liée à la présence de spatules, une espèce qui réapparaît dans le paysage local et qui se trouve à Grand-Lieu. Pour lors les ibis se dispersent de la Charente Maritime au Morbihan. Et rien n’indique qu’ils ne commenceront pas un jour à nidifier dans leurs nouveaux territoires. C’est dans cette perspective que l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) avait décidé de limiter la propagation de l’espèce par des tirs d’ibis en Loire-Atlantique.
Source :
Vendée.fr